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03/04/25 21:19
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Semaine5
Un Idiot très discret
Il s'agit d'une semaine "Fantôme de la liberté"
La semaine 5 est terminée


score bêtisier
1
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
[REC] imdb
de Jaume Balagueró & Paco Plaza (2007)

Jaume Balagueró a fait des débuts prometteurs avec "Los sin nombre” (un film estimable), et il a par la suite tenté de percer dans les coproductions internationales avec "Darkness" et "Frágiles". Dans l'intervalle, il n'a rien tourné d'autre qu'un documentaire sur Operación Triunfo (la version espagnole de Star Academy): cet homme est définitivement ancré dans la terreur!

En 2007 avec Paco Plaza il obtient un hit avec "[REC]", un film sous forme de reality-TV, tourné caméra à l'épaule, dans la lignée de "The Blair Witch Project" ou de l'ultérieur "Cloverfield". Indépendamment d'une habile réalisation, de sa capacité indéniable à faire sursauter les spectateurs et d'une forte campagne de publicité, le public a dû aimer voir, pour une fois, un film d'horreur ne se déroulant pas à Hollywood mais à Barcelone, avec les pompiers et la police locale. Et vérifier ce que tout le monde soupçonne: dans la communauté d'un vieux bâtiment, à l'atmosphère claustrophobe, les voisins sont des monstres.

Doctor Slump
2
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
Le Départ imdb
de Jerzy Skolimowski (1967)

L'ami Scalpaf a proposé Travail au noir; je persiste en signalant un autre film tout aussi bon de la filmographie du polonais Jerzy Skolimowski (qui compte beaucoup de belles pépites).
Le Départ est un film de jeunesse que Skolimowski a tourné en Belgique. On sent l'influence de la Nouvelle Vague ne serait-ce que par la présence de Jean-Pierre Léaud (indice 1 et 2). Pas vraiment d'histoire, seulement un point de départ : Léaud interprète un garçon coiffeur passionné de courses automobiles. Le Départ est un film de rencontres. L'errance est omniprésente; le spectateur suit ce personnage fantasque qui passe d’une femme à l’autre. Ici tout est prétexte à fabriquer des moments de poésie : ainsi le transport d'un large miroir dans la rue est source d'amusement; les séquences dans un grand salon auto sont des moments de pur délire (cf, question) ; la grande force du film du cinéaste polonais, c'est son énergie et son rythme qui ne faiblit jamais.
Il y a un côté très adolescent et très insouciant dans ce film qui revendique une certaine liberté.
Mais, ce côté "bluette" est contre balancé par sa scène finale où la mélancolie apparaît, où la douleur se fait ressentir. Le Départ est aussi un récit d'apprentissage : l'adolescent devient adulte.
Pour finir, je conseille ce film à tous les admirateurs du célèbre Two-laneBlacktop de Monte Hellman. Un parallèle peut être dressé entre les deux films; impossible de ne pas voir dans Le Départ une influence sur le film d'Hellman.

Clark
3
Quel film ?
3 pt.
*
2 pt.
1 pt.
* format IMDb 1.37:1
L'amour l'après-midi imdb
de Eric Rohmer (1972)

Le film est sorti en 1972 ; et déjà on s’interroge sur l’après 68. Les mœurs ont évolué ; le modèle du couple « petit bourgeois » est remis en cause. Frédéric est marié à Hélène ; ils attendent un deuxième enfant. Frédéric remet en cause sa fidélité : il aimerait étreindre toutes les femmes. Quand débarque une amie d’enfance, la très sauvageonne Chloé ; Frédéric est tenté par entamer une liaison adultère.
Comme souvent chez Rohmer, le héros doute. Soit il s’écarte de son moule ou bien il reste sur sa position. Dans L’Amour l’après-midi ; le désir est partout (c’est certainement un des films de Rohmer le plus érotique) mais pourtant rien ne se passe. Grâce aux dialogues toujours ciselé et cette voix off omniprésente, le spectateur partage les pensées, désirs et tentations de Frédéric rendant celui-ci terriblement attachant. Rohmer fait un film qui colle à son époque ; pour comprendre la France du début des années 70, on peut se référer à L’Amour l’après-midi.
Le constat est amer (magnifique dernière séquence), le film de Rohmer peut se rapprocher d’un autre grand film sur la désillusion de l’après 68 : La Maman et la putain de Jean Eustache.
Un mot sur les acteurs, tous formidables. Bernard Verley (question, indice 1) apporte une touche de charme à son personnage de séducteur maladroit ; Zouzou (vu chez Garrel) joue avec naturel cette fille naïve, marginale mais attirante. A signaler une petite apparition de Marie-Christine Barrault (indice 2).

Clark
4
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
Le juge et l'assassin imdb
de Bertrand Tavernier (1976)

Mrs Muir & Lylah Clare
5
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
Business Is Business (Wat zien ik) imdb
de Paul Verhoeven (1971)

"Business is business" est l’un des tout premier film de Paul Verhoeven, période hollandaise. Il nous plonge dans l’univers décalé (et désormais désuet) de la prostitution à Amsterdam au début des années 70 (le Red-light District, en indice 1). Sous une forme comique, il pose la question de la sexualité féminine dans une société foncièrement patriarcale. La gente masculine y est souvent tournée en dérision et même parfois sérieusement ridiculisée (la question). Sans être d’une grande profondeur, "Business is business" a un charme sympathique. C’est aussi l’occasion pour Verhoeven de laisser aller ses délires visuels à travers un florilège de scènes de cul fortement théâtralisées et garnies de fantasmes en tout genre, dont cette scène de la « maîtresse » d’école (l’indice 2), choisie aussi pour indiquer aux équipes la langue du film (« Dikthee », ça fait un peu hollandais, non ?). Vous avez échappé à un gros truc en plume bien tordant … Verhoeven s’amuse avec le sexe, et ça fait du bien !

Scalpaf
6
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
La princesse aux huitres (Die Austernprinzessin) imdb
de Ernst Lubitsch (1919)

« Comédie grotesque en 4 actes ! ». Voilà comment Lubitsch annonce son film. C’est tout simplement exquis, un objet cinématographique original – encore 90 ans après – où se mêlent l’absurdité (quelque chose de "Ubu Roi"), le burlesque et le conte pour enfant « gâté ». C’est d’une finesse et d’un raffinement absolus, grotesque mais jamais vulgaire. Ce film est une gloutonnerie de scènes plus cocasses les unes que les autres … servies à la petite cuillère dans un rythme échevelé, tel ce repas de mariage où les rangées de serveurs se succèdent pour servir plats et vins dans une chorégraphie hallucinante (l’indice 2). J’aurais pu proposer de nombreuses images fort amusantes. Vous avez échappé à l’épidémie de Fox-Trot (hilarant), ou au « Négociateur de mariage » (croustillant), mais pas au match de boxe de « L’association des filles de milliardaires » (l’indice 1). Et puis il y a aussi les coquineries de Lubitsch (la question), où l’on voit notamment poindre un nouvel âge (on est en 1919), pour la liberté sexuelle et l’émancipation féminine … Le film – très bien conservé – est une leçon de mise en scène et de direction d’acteurs. A voir et revoir sans modération.

Scalpaf
7
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
La Grande Bagarre (Il soldato di Ventura) imdb
de Pasquale Festa Campanile (1976)

Que la session 29 soit l'occasion pour moi de rendre hommage à M. Carlo Pedersoli, plus connu des cinéphiles sous le nom de Bud Spencer. C'est vrai, l'ami Bud a tourné un grand nombre de nanars avec Terence Hill — "Cul et Chemise", "Salut l'Ami, Adieu le Trésor", etc. — mais il a aussi participé à quelques bons films : "Une Raison pour Vivre, une raison pour mourir", "Quatre Mouches de Velours Gris" et ce "Soldato di Ventura" distribué chez nous sous le titre "La Grande Bagarre". Dirigé par un excellent cinéaste — le regretté Pasquale festa Campanile —, Spencer incarne Ettore Fieramosca, mercenaire idéaliste, qui met son épée au service du plus faible. Au fil de ses pérégrinations, Ettore défie l'arrogant comte de La Motte (Philippe Leroy-Beaulieu, très en forme : indice n° 1) et s'engage à défendre l'honneur du peuple italien dans un tournoi de chevalerie (image de référence). Inutile de préciser qu'Ettore recrute avec lui une troupe de bras cassés et que le duel tourne au pugilat indigne, dans la grande tradition du récit picaresque. Bud Spencer — colosse barbu et jovial — distribue le quota réglementaire de mandales et de bourre-pifs, mais les passages les plus réussis sont les scènes de marivaudage avec la belle Léonora (Andréa Ferréol, les deux comédiens sont réunis dans le deuxième indice). Il y a trois ans, j'avais classé ce film en tête de ma liste ymdb : je ne renie rien, je referais exactement la même chose aujourd'hui.

Prince Mishkin
8
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
Eden Lake imdb
de James Watkins (2008)

Bien qu'il soit sorti l'an passé dans une relative indifférence, "Eden Lake" est l'un des films les plus effrayants de la décennie. L'histoire ? Un couple de gentils citadins (Kelly Reilly et Michael Fassbender, indice n° 2) s'offre un weekend de camping sauvage en amoureux : leur escapade tourne au cauchemar. Le distributeur français a cru bon de préciser "par les producteurs de The Descent" afin d'attirer le public. Il s'agit d'un leurre : les ressemblances entre les deux films sont superficielles. "The Descent" se rattache clairement au cinéma fantastique. "Eden Lake", au contraire, décrit une horreur surgie du quotidien : le monstre n'est pas une créature sortie d'un récit de Lovecraft, mais il a le visage désolant du voisin de palier (ou plutôt de son fils). L'efficacité du film tient à une idée simple : tous les signes sont là, devant nos yeux mais, — à l'instar des deux héros —, nous ne voyons rien et nous comprenons toujours trop tard (la scène d'ouverture, à valeur de métaphore, en image de référence). Dans la mesure où le scénario réserve un certains nombres de surprises et de retournements, je n'expliquerai pas le sens du premier indice. J'invite plutôt les curieux à découvrir "Eden Lake", tout en suggérant aux âmes sensibles d'aller voir ailleurs.

Prince Mishkin
9
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
Les drôles de Blackpool (Funny Bones) imdb
de Peter Chelsom (1995)

Au départ, un comique américain qui ne fait pas rire le public, au désespoir de son père, comique réputé. Il décide d’aller chercher l’inspiration de l’autre côté de l’Atlantique, dans la bonne ville de Blackpool. Là, il auditionne un grand nombre de comiques aux registres variés. Incidemment, il découvre les frères Parker, deux ours apparemment mal léchés mais dont la virtuosité et le flegme les situent quelque part entre Droopy et Tati. Et aussi Jack, fils de l’un d’eux, génie comique introverti. Ce que notre Américain tout repu de certitudes ne sait pas, c’est que les histoires de cette curieuse famille et de la sienne sont liées… Là-dessus vient se greffer une rocambolesque intrigue policière à base d’oeufs, de corps démembrés et de trafic de drogue…
Ce film doux-amer se déroule essentiellement dans la station balnéaire populaire de Blackpool. Une famille de losers attachants, ayant eu leur heure de gloire, sont les figures centrales du film, à défaut d’en être les stars. C’est également un film sur les liens filiaux, et sur la notion d’héritage. Le tragique frôle souvent la comédie, sous la surface apparemment ripolinée de laquelle affleure le drame personnel d’un passé qui affecte les personnages centraux. Au cours de la scène finale, la traditionnelle course-poursuite entre policiers et voleurs est d’ailleurs éclipsée par un deuxième suspense autrement plus intense. C’est enfin la confrontation parfois grinçante entre la pratique pour l’argent et l’art de faire rire, pour la beauté du geste et l’amour du travail bien fait. Le film expose un panel de types de comique différents, de la stand-up comedy au comique de situation, en passant par le slapstick le plus échevelé. Les séquences d’audition de comiques de seconde (voire de quinzième) zone sont irrésistibles. Le film est interprété par des acteurs de générations et de renommées diverses. Les comédiens interprétant les deux frères Parker, figures un peu décaties du music-hall, sont les épatants Freddie Davies et George Carl (clown authentique qui fait ici ses débuts d’acteur à l’âge de 79 ans !). C’est aussi ce film qui révéla au public non british l’un des comiques anglo-saxons les plus spectaculairement physiques d’aujourd’hui, Lee Evans, qu’on a revu depuis dans « Mary à tout prix ». Il est extraordinaire.
Les Américains de l’étape sont Jerry Lewis et Oliver Platt, respectivement père et fils dans le film.
On note aussi la présence, en guest stars, de Leslie Caron, d’Oliver Reed (!), de Ticky Holgado (!!) et d’Olivier Py (!!!)
Hélas, Peter Chelsom, le réalisateur, n’a pas transformé cet essai et s’est englué par la suite dans des cucuteries hollywoodiennes sans intérêt. Mais rien que pour ce film, il mérite notre respect et notre gratitude.

Lylah Clare
10
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
On murmure dans la ville (People Will Talk) imdb
de Joseph L. Mankiewicz (1951)

Mrs Muir & Lylah Clare
11
Quel court-métrage ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
Ryan (Ryan) imdb
de Chris Landreth (2004)

Ryan Larkin : cinéaste d’animation américain, dont l’œuvre se résume aux années 1965-1972. Considéré comme un talent prometteur à l’époque (il fut même nominé aux Oscars – indice 1), il a complètement disparu des ondes ensuite. Qu’est-il devenu ?
Aucun suspense ici, on sait ce qu'il est advenu de lui dès le début : il est devenu une épave, traînant toute la journée dans la rue ou dans les bars, sa créativité totalement tarie. En fait, sous cette question se cachent les interrogations existentielles de Chris Landreth, autre cinéaste d’animation américain, qui, par la voie de cette vraie-fausse interview de Ryan Larkin, interroge ses angoisses profondes et réouvre de violentes blessures d’enfance. Le court est ponctué d’extraits des films de Larkin, et se compose de plusieurs « actes » correspondant chacun à un personnage important du film. Il se termine sur l’image de Larkin, figure émaciée faisant la manche dans la rue, avec une grâce miraculeusement préservée et dont le reflet dans la vitrine du magasin rappelle la silhouette du jeune homme qu’il fut.
D’emblée nous est livré le dispositif visuel très particulier, le parti-pris adopté par l’auteur pour représenter les meurtrissures de chaque individu. Tout au long du court-métrage apparaîtront ainsi des personnages, principaux ou simples figurants, présentant des caractéristiques physiques uniques.
Le court de Landreth remporta l’Oscar que Larkin n’avait jamais obtenu, et il est visible sur YouTube.

Lylah Clare
12
Quel feuilleton TV ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
L'odyssée (L'odissea) imdb
de Franco Rossi (1968)

Comment ! Un feuilleton TV dans le grand jeu FRCD ? C'est bien simple, certains vieux joueurs s'en étranglent encore avec leurs hémorroïdes remontées pour le coup jusqu'à leur glotte (pas glop). Et pourtant, l'Odyssée de Franco Rossi est du niveau des films antiques de Pasolini (voire même un peu au-dessus, à notre goût). Epousant le texte d'Homère jusqu'à modeler son scénario sur les chants du poète, le feuilleton est tourné sur les lieux même de l'action avec une fidélité d'archéologue, décors et costumes à l'avenant. Cette option patrimoniale qui aurait pu s'avérer glaçante est transfigurée par le souffle de la chose - jamais la Grèce antique n'a paru aussi belle que dans cette Odyssée. Il est vrai que la splendeur virile de Bekim Fehmiu, meilleure incarnation recensée d'Ulysse, nous a beaucoup aidés à rentrer dans la série. Les effets spéciaux, simples et évocateurs (les âmes de l'Enfer en surimpression attirées par le sang - question) atteignent une poésie à jamais disparue. L'Odyssée de Rossi comme Homère prend son temps et a de la magie à revendre. Mario Bava, une idole transgénérationnelle du jeu FRCD (pas la nôtre, faut pas pousser) a même réalisé l'épisode inoubliable du Cyclope (indice 1). Si avec ça, je donne pas envie moi...

Xtof

Xtof
13
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
Le Charlatan (Nightmare Alley) imdb
de Edmund Goulding (1947)

Stan Carlisle est un séduisant bonimenteur de foire. Fasciné par l’image vivante de la déchéance que symbolise le « geek »*, en cette époque lointaine où le PC n’était encore même pas une vue de l’esprit, c’est aussi un sale type. Il sait profiter des opportunités qui s’offrent à lui afin de faire sa place au soleil, et les provoquer à l’occasion. Après avoir gagné un peu de galon dans le monde du cirque en devenant assistant d’une voyante, il va exporter son art d’exploiter la crédulité humaine dans les milieux mondains. Mais toute médaille a son revers et il faut savoir s’arrêter à temps…
Servi par la très belle photo noir et blanc de Lee Garmes, l’honnête Edmund Goulding a bien mis en images le roman noir de William Lindsay Gresham. La description de l’univers du cirque est fascinante, ce petit monde marginal servant de révélateur des vérités humaines (qu’on retrouve, traité différemment, dans « Freaks » par exemple). Le contraste est d’autant plus fort avec les milieux huppés que le héros est amené à côtoyer dans la seconde partie du film. Ces milieux recèlent d’ailleurs des escrocs autrement plus pernicieux, et plus dangereux… Le film utilise les codes du film noir sans qu’aucune intrigue policière y soit développée. Les sombres ténèbres que constitue la noirceur de l’âme humaine enveloppent suffisamment les personnages. Tyrone Power, jusqu’alors cantonné dans des rôles de lisse jeune premier bondissant, y donne un aperçu saisissant de ce qu’aurait pu être la suite de sa carrière si les producteurs avaient fait preuve d’un peu plus d’audace et d’imagination. Il est fascinant dans le rôle central, troublant mélange de cynisme et d’ingénuité, la beauté de son plumage n’ayant d’égale que l’habileté de son ramage. Confronté à trois femmes, successivement la bienveillante, l’aimante et la manipulatrice, il montre des capacités de finesse et d’ambiguïté insoupçonnées. A ses côtés, l’émouvante Joan Blondell, en bateleuse au grand cœur, lui donne les clés de la réussite, sans savoir qu’elle va ainsi laisser se développer sa dévorante ambition et sa mégalomanie. Un film hollywoodien atypique, au propos sombre, à la fin en demi-teintes. Une curiosité à découvrir.


* Le geek était un homme qui était exhibé dans un enclos et qui avait la particularité de dévorer des bestioles vivantes avec ses dents, l’image ultime de la dégradation humaine, qui était d’ailleurs en harmonie avec la réalité de la personne qui l’incarnait, vagabond sale, en haillons, et qui en échange de sa prestation, était logé et abreuvé (sa gnôle lui était gracieusement offerte).

Lylah Clare
14
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
Abigail Leslie Is Back in Town imdb
de Joseph W. Sarno (1975)

Le film de Sarno pourrait se résumer ainsi : c’est un croisement improbable entre Théorème de Pasolini et la série Desperate housewifes. Abigail Leslie (à gauche sur la photo en question) revient donc à la maison : Abigail traîne derrière elle une réputation sulfureuse ; c’est la méchante fille, la traînée, celle par qui le malheur arrive.
La méchante Abigail va s’apercevoir qu’au sein de sa ville natale, les femmes s’ennuient. Les hommes sont absents ou bien les négligent ;pour remédier à cela, Abigail couche avec ces femmes délaissées (indice 1) et, avec des hommes consentants, elle organise des parties à plusieurs. Les femmes seules à nouveau comblées retrouvent du plaisir grâce à Abigail ; sauf Priscilla, la prude, qui résiste au charme de la tentatrice (qui est amoureuse d’elle).
Curieux film où la mélancolie est sans cesse présente soit à travers l’ennui qui suinte dans cette petite bourgade (magnifiques séquences au bord d’une plage déserte) ; ou bien par le choix des couleurs : le film se déroule durant l’automne ; les tonalités marrons dominent, renforcées par les chevelures blondes/rousses des jeunes femmes (toutes se ressemblent).
Joe Sarno signe, ici, un hommage aux femmes. Les hommes sont complètement relégués au second plan. Sarno dresse des portraits attachants et émouvants de ces femmes qui, grâce à Abigail Leslie, trouvent dans le sexe un échappatoire à leur triste vie.
Le film est disponible en Dvd, édité par Arte en zone 2.

Clark
15
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
Morse (Låt den rätte komma in) imdb
de Tomas Alfredson (2008)

"Låt den rätte komma in". "Laissez entrer la bonne personne", chantait Morrissey.

Récemment sorti en salles, "Morse" (horrible traduction du titre original) semble être l'un de ces classiques instantanés, peut-être un classique mineur (ah, les préjugés contre les films de genre!), qui sans faire beaucoup de bruit a eu le mérite rare de réconcilier la critique et le public et récolter des louanges unanimes. Film d'horreur, mais surtout film sur l'abandon, la solitude, le vide, la recherche désespérée de l'amitié entre deux enfants perdus. Film sur la douleur, l'alcoolisme, l'abus, l'impuissance.

Tomas Alfredson adapte et dépasse même (oui, c'est possible!) le roman de John Ajvide Lindqvist, en le dotant d'un lyrisme et d'une puissance de fascination incontestables, en nous dissimulant même des informations et en traçant une histoire cachée qui enrichit encore les images. Elégant et calme, froid comme le paysage dans lequel il se développe, tendre mais pas mièvre, "Låt den rätte komma in" effraye davantage par ce qu'il suggère que par ce qu'il montre, et nous laisse, sans recourir à de grosses ficelles ou à des effets-chocs, quelques scènes d'angoisse et d'horreur diffciles à oublier. Et cela est aujourd'hui une réussite majeure.

Doctor Slump
16
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
L'emmurée vivante (Sette note in nero) imdb
de Lucio Fulci (1977)

Voilà un de mes giallos préférés. "L’emmurée vivante", titre français plus racoleur que son alter ego italien ou anglais "Seven Notes in Black" (Sette note in Nero), est captivant – et même haletant – de bout en bout. Un scénario impeccable servi par une réalisation brillante. Fulci nous déséquilibre en interrogeant le cinéma et la mémoire, dans leur propre rapport au temps. Comment sait-on que cela se passe maintenant ? Vertigineux, depuis la scène d’ouverture traumatisante … jusqu’au retentissement final d'une montre musicale … en passant par la vision (en fait l’absence de vision) de tunnels routiers bouchés … cauchemardesque ! Jennifer O’Neill, vacillante comme jamais, sert parfaitement ce funambule du temps, en proie à ses visions et ses doutes (l’indice 2). Le film a besoin d’un journal écrit (la question) - médium dans le médium - comme marque (preuve) du temps qui passe. Est-ce par hasard qu’on peut lire sur l’affiche au dessus « un giallo di Agatha Christie » ? ... peut-être juste un clin d’œil de Fulci pour jouer avec nous.
Et puis bien sûr, il ne pouvait pas être question de ce film sans la partition de Bixio-Frizzi-Tempera, et ces « Sept notes en noir » (l’indice 1) qui retentissent à jamais, et que Tarantino « citera » dans son Kill Bill.

Scalpaf
17
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
Veuve mais pas trop (Married to the Mob) imdb
de Jonathan Demme (1988)

La place de Jonathan Demme dans le cinéma américain est relativement atypique. Auteur touche-à-tout, il a débuté dans la Série B chez Roger Corman ("Caged Heat", "Crazy Mama"), puis il a investi à peu près tous les genres, souvent de façon très personnelle : le clip ("The Perfect Kiss" pour New Order), le documentaire ("Cousin Bobby", "The Agronomist"), le mélodrame ("Philadelphia"), le thriller ("Last Embrace", "Silence of the Lambs"), le spectacle filmé ("Swimming to Cambodia", "Stop Making Sense"), etc. Malgré une apparente dispersion, on retrouve presque toujours chez lui des qualités de simplicité, de modestie et d'intelligence, auxquelles s'ajoute une empathie chaleureuse envers les gens qu'il filme. Avec l'excellent "Something Wild", "Married to the Mob" se rattache plutôt à l'univers de la comédie policière. On ne dévoilera pas l'intrigue, riche en surprises, mais il est question d'une enquête du FBI (image de référence) sur le gangster Tony Russo (Dean Stockwell, absolument génial dans un rôle comique, indice n° 1) et de l'émancipation d'Angela de Marco, jeune veuve d'un truand, qui cherche à prendre ses distances avec "la famille". L'inculture et la vulgarité des mafieux du New Jersey anticipe la série The Sopranos, mais il y a plus de tendresse que de méchanceté dans le regard de Demme. Le réalisateur prend soin de mettre en valeur ses comédiens et peint ses personnages avec une grande sensibilité. On signalera à cet égard que Matthew Modine et Michelle Pfeiffer (indice n° 2) forment un couple de cinéma très attachant.

PS : Ne surtout pas rater le générique de fin. Jonathan Demme a utilisé les chutes du film pour raconter l'histoire une seconde fois. Les plus observateurs remarqueront une scène entre Chris Isaak et Joe Spinnell coupée au montage.

Prince Mishkin
18
Quel film ?
3 pt.
2 pt.
1 pt.
Avant que j'oublie imdb
de Jacques Nolot (2007)

Le passage à la réalisation de Jacques Nolot est l'une des meilleures surprises de la décennie côté art-et-essai français. Spécialisé dans les seconds rôles entre cinéma d'auteur et films grands publics, l'acteur possède aussi une expérience de scénariste chez Téchiné et Vecchiali qu'il a mise à profit dans ses trois films fortement autobiographiques. Le dernier, Avant que j'oublie, ne s'oublie pas facilement. S'ouvrant sur deux scènes à l'opposé - l'une très graphique (le point s'élargissant aux dimensions du cadre, idée étonnante), l'autre très couillue (une séance de baise homo, sauvage à refermer automatiquement les sphincters d'un certain Philippe B.), le film est la mise à nu physique et intérieure d'un vieux quinquagénaire marqué par la maladie et la mort. On y parle beaucoup (tarifs de gigolo, tri-thérapie, psychanalyse), on y souffre beaucoup aussi (disparition d'un proche, SIDA, illusions perdues) ; Avant que j'oublie ne tombe pourtant jamais dans la complaisance, protégé qu'il est par une absence absolue de sentimentalité. L'amour s'y monnaye, toutes les choses ont un prix, pas de quoi pleurer toujours. C'est un film de survie dur et âpre qui dégage pourtant une forme curieuse d'optimisme, comme dans ces paroles de Janis Joplin citées de mémoire : "Freedom is just another word for nothing to lose".

Xtof

Xtof
à Kronos...